Pourquoi et comment éco-concevoir sa communication imprimée ?

  • mis à jour : 14 Mar. 26
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L’éco-conception de supports imprimés ne se résume pas à une simple liste de bonnes pratiques :
✔︎ utiliser du papier recyclé,
✔︎ éviter les aplats,
✔︎ choisir des polices d’écritures fines, etc.

C’est une démarche intégrée dès la conception du projet, qui vise à réduire l’impact environnemental d’un support imprimé tout au long de son cycle de vie.

De la stratégie de diffusion à la fin de vie du support, en passant par la conception graphique, le choix des matériaux et les procédés d’impression : chaque étape influence son empreinte environnementale.

Adopter cette approche permet de limiter le gaspillage de ressources, la consommation d’énergie et les émissions liées à la production et à la distribution des supports imprimés. C’est aussi une opportunité pour les entreprises de renforcer la cohérence entre leur communication et leurs engagements face aux enjeux climatiques.

En tant que designer graphique écoresponsable, j’accompagne les indépendants, artisans et petites entreprises dans la création de supports de communication cohérents avec leurs valeurs et à l’équilibre entre identité, usages et pratiques.

Supports imprimés éco-conçus : imprimer moins, imprimer mieux

L’enjeu n’est pas de supprimer systématiquement l’imprimé, mais de s’assurer qu’il est pertinent et bien conçu. Le sujet n’est pas de trancher entre “papier ou numérique” mais de poser les bonnes questions.

Quel est le support le plus pertinent pour :
– ce message,
– ce contexte / usage,
– cette typologie d’utilisateur,
– cette durée de vie ?

Un support imprimé mobilise des ressources matérielles, énergétiques et logistiques. Il doit donc être pensé dans une logique de durabilité.

L’éco-conception d’un support imprimé repose donc sur une approche globale : stratégie, conception, production et distribution.

Les couleurs en imprimé : écocouleurs utiles, mais pas magiques

Les couleurs et les typographies sont deux leviers régulièrement mis en avant qui méritent d’être nuancés.

Pour l’impression, on parle d’écocouleurs lorsque le taux d’encrage total (des canaux de couleur Cyan, Magenta, Jaune et Noir) est inférieur à 100 %. Ceci a pour objectif de réduire la quantité d’encre déposée sur le papier.

Il sera préférable d’augmenter les blanc tournant, limiter les aplats de couleurs pour réduire la couverture et la charge d’encre. Ce qui a pour effet de faciliter le désencrage lors du recyclage des supports.

L’impact est plus ou moins important selon le volume qui est imprimé.

Un nuancier open source existe pour Adobe Illustrator (disponible sur GitHub : nuancier eco-couleur – Bouton “Code” > Download Zip).

Mais attention aux simplifications :

  • Une couleur à faible taux d’encrage n’est pas une solution absolue.
  • un support recouvert à 100 % d’encre, même en écocouleur, consommera toujours beaucoup d’encre que si ce n’est pas le cas.
  • La lisibilité et le contraste priment sur la seule économie d’encre.

Les couleurs naturellement économe ne sont pas les même sur papier et sur écran.

Les écofonts pour les imprimés : entre économie réelle et mythe

Les typographies creusées

Certaines typographies comme la Ryman Eco (réalisé par le typographe Dan Rhatigan) sont conçues pour réduire les besoins en encre (en moyenne 33 % plus économe).

La Ryman Eco exploite pleinement le principe des pièges à encre (inktrap – 1950 à 60) en typographie. Utilisé initialement pour assurer la lisibilité des caractères imprimé en petite taille sur des papiers de faible qualité. Avec l’impression jet d’encre, l’encre a la particularité de “baver” un peu et les espaces vides se remplissent et donnent l’illusion d’être totalement imprimés.

Des études montrent que certaines écofonts peuvent réduire la consommation de toner de 15 % à 30 % selon la taille et le contexte d’impression.

L’idée répandue selon laquelle il faut absolument utiliser des typographies très fines pour économiser de l’encre est donc discutable.

Une typographie fine entraîne :

  • plus de fatigue car peu lisible
  • une mauvaise compréhension de la structure du texte
  • parfois… une réimpression car trop fine pour être correctement imprimé.

Ce qui annule tout bénéfice écologique.

Les typographies condensées

Les typographies condensées apparaissent avec l’essor de l’affiche et de la presse au XIXᵉ siècle. L’objectif est simple : faire tenir plus de texte dans moins d’espace, notamment dans les colonnes étroites des journaux ou sur des supports où la surface est limitée. En réduisant la largeur des lettres tout en conservant leur hauteur, ces caractères permettent d’augmenter la densité d’information sans réduire la taille du corps.

Aujourd’hui encore, les versions condensées de familles comme Helvetica Condensed ou Univers Condensed sont utilisées pour optimiser la mise en page, réduire le nombre de page et limiter l’encombrement visuel. À contenu équivalent, une typographie condensée peut faire tenir davantage de mots par ligne — ce qui peut, dans certains contextes imprimés, contribuer à diminuer le nombre de pages et donc la consommation de papier et d’encre.

Cela dit, compacter ne doit jamais se faire au détriment du confort de lecture. Une densité excessive peut fatiguer l’œil et nuire à la hiérarchie. Comme souvent en écoconception, l’enjeu n’est pas de compresser au maximum, mais d’optimiser intelligemment.

Une autre piste consiste à choisir une typographie plus compacte, comme Gill Sans occupe moins d’espace à message équivalent que d’autres sans-serif. À contenu identique, le texte prend moins de place.

Ce principe a notamment été appliqué dans l’identité graphique de Citeo, où le faible encombrement de la typographie contribue à réduire le nombre de pages imprimées, et donc la consommation de papier et d’encre.

Les typographies à piège d’encre (Inktrap)

Les typographies dites à pièges à encre (ink traps) sont nées d’une contrainte très concrète : l’impression sur papier de mauvaise qualité, notamment dans la presse et les annuaires téléphoniques du milieu du XXᵉ siècle. Lorsque l’encre se diffusait dans les fibres du papier, elle venait “boucher” les angles internes des lettres, rendant le texte plus sombre et moins lisible.

Des designers comme Matthew Carter ont alors conçu des caractères intégrant volontairement de petites encoches dans ces zones critiques. Par exemple, la police Bell Centennial développée pour les annuaires de l’AT&T. À petite taille, ces cavités sont invisibles à l’œil, car elles sont naturellement compensées par l’expansion de l’encre ; à grande taille, elles deviennent un détail graphique assumé, parfois même esthétique.

Aujourd’hui, les inktraps ne servent plus seulement à corriger l’impression : ils améliorent aussi la lisibilité à l’écran, en petite taille ou en environnement contraint, tout en pouvant réduire légèrement la surface d’encrage. C’est un exemple intéressant de design guidé par la contrainte technique, où une solution fonctionnelle devient un choix formel.

Rapport d’échelle à garder en tête

  • Les gains sont significatifs uniquement en cas de volumes d’impression importants.
  • La lisibilité ne doit jamais être sacrifiée.
  • Une police trop fine crée un contraste insuffisant, des problèmes d’impression et de lecture mais aussi réduit la hiérarchie visuelle.

Lisibilité et accessibilité : la performance invisible

Une identité visuelle performante ne se mesure pas seulement à son esthétique. Elle se juge aussi à sa capacité à être lue, comprise et utilisée par le plus grand nombre. C’est une performance discrète, mais décisive.

La première exigence concerne le contraste. Un texte doit présenter un contraste suffisant avec son arrière-plan pour garantir un confort de lecture optimal. Un contraste insuffisant fatigue l’œil, ralentit la lecture et exclut de fait une partie des utilisateurs, notamment les personnes malvoyantes.

La taille et l’interlignage jouent également un rôle clé. Un corps trop petit ou un espacement trop serré pénalisent la lisibilité. Lire ne doit jamais demander un effort inutile : plus le décodage est fluide, plus le message est efficace.

Le choix typographique est tout aussi déterminant. Une police professionnelle doit intégrer l’ensemble des caractères nécessaires : accents, ligatures, symboles, majuscules accentuées. Omettre ces éléments dégrade non seulement la qualité éditoriale, mais aussi la compréhension du texte. En français, les majuscules accentuées ne sont pas une option.

Enfin, la différenciation claire des lettres est essentielle. Certaines confusions fréquentes — entre le “l”, le “I” et le “1”, ou entre le “O” et le “0” — peuvent compliquer la lecture, notamment pour les personnes présentant des troubles dys (dyslexie, dyspraxie, dysorthographie, etc.). En France, on estime qu’environ 6 à 8 % de la population présente un trouble “dys”, selon les données relayées par la Fédération Française des Dys. Cela représente plusieurs millions de personnes concernées.

Concevoir une identité lisible et accessible n’est donc pas un détail technique. C’est un choix stratégique. Une communication claire touche davantage de personnes, réduit la friction cognitive et améliore l’efficacité globale du message. L’accessibilité n’est pas une contrainte supplémentaire : c’est un levier de performance.

Le guide pour éco-concevoir un support de communication imprimé

1. Repenser le support lui-même

  • Privilégier des supports évolutifs dont la structure permet des mises à jour partielles.
    – Cartes modulables plutôt qu’un dépliant complet à réimprimer au moindre changement.
    – Zone pour coller un post-it sur une affiche

2. Allonger la durée de vie

  • Rédiger des contenus intemporels et éviter les informations périssables (dates, prix, mentions temporaires) pour éviter des réimpressions.
  • Intégrer une deuxième fonctionnalité : un agenda qui devient poster…

3. Choisir le papier

  • Le papier recyclé : n’est pas absolument plus écologique qu’un papier vierge. Il va économise des ressources mais nécessiter plus de transport, de chimie et d’énergie. Choisir un papier recyclé ne va pas d’un coup rendre ton imprimé écoresponsable.
  • Les papier alternatifs : à base de résidus agro-industriels (papier crush), de feuilles d’arbre (releaf), d’herbe (grass paper), de chanvre (Hanf du papetier Gmund), de coton (Refit), d’algues (Shiro Alga Carta de Favini)…

Tous les papiers n’ont pas le même impact écologique. Son impact représente environ les 2/3 de l’impact du support imprimé.

3. Optimiser le format

  • Adapter le format à la quantité de contenus et aux contextes d’utilisation plutôt qu’à rechercher un effet différenciant.
  • Choisir des formats standards (A4, A4+, A5, A5+…) afin de réduire les chutes papier.

4. Adapter le grammage

  • Choisir un grammage proportionnée à l’usage (épais si manipulé souvent, plus léger si usage ponctuel).

5. Ajuster les quantités

  • Imprimer au plus juste.
  • Mutualiser les petits formats (cartes, étiquettes ou flyers) sur une même planche d’impression (amalgame) pour réduire la gâche et les coûts.

6. Concevoir un design sobre

  • Réduire la densité d’encrage (monochromie, bichromie, éco-couleurs, trame).
  • Augmenter les blancs tournants.
  • Utiliser une typographie condensée
  • Limiter les aplats très couvrants de grandes portions.
  • Détourer les images pour ne conserver que l’essentiel

7. Choisir des partenaires engagés et locaux

  • Renforcer les partenariats et encourage l’économie locale
  • Le transport et le stockage font partie intégrante du cycle de vie du produit. Faire imprimer au plus proche des usagers finaux permet de réduire les distances parcourues, de limiter les émissions liées au transport (souvent sous-estimé), de simplifier la chaîne logistique.
  • Choisir un imprimeur labellisé Imprim’Vert c’est travailler avec un professionnel engagé à réduire son impact environnemental (gestion des déchets, RSE…).
  • Être conseillé sur les techniques d’impression, de finition et de reliure pour améliorer l’impact écolologique du projet.

Voici l’annuaire des imprimeurs labellisés imprim’vert pour t’aider dans ta recherche.

8. Sélectionner des procédés adaptés

  • Privilégier des techniques sans solvants (impression numérique, risographie, etc.).
  • Le gaufrage peut être interessant pour de gros volume car la matrice n’est pas sans impact.
  • Privilégier des techniques d’impressions économe en ressources. Le calage des presses en offset représente en moyenne 10 à 20 % du volume imprimé selon la complexité.

9. Soigner le choix des encres

  • Favoriser des encres à faible teneur en COV (composés organiques volatils).
  • Limiter le recours aux encres PANTONE si elles ne sont pas stratégiques (éviter à tout prix CMJN + Pantone).

10. Simplifier les finitions

  • Éviter les pelliculages plastiques, vernis et dorure.
  • Privilégier des systèmes de reliure démontables (couture japonaise, reliure singer, rivets) pour faciliter mise à jour et recyclage.

Un imprimé bien conçu n’est pas un coût supplémentaire.
C’est un support plus durable, plus cohérent avec votre positionnement et souvent plus économique dans le temps.

L’écoconception imprimée repose moins sur l’esthétique que sur l’intention stratégique.

Le sais-tu ?

Le support de communication le plus écologique est celui qu’on ne produit pas. Le plus durable est celui qu’on utilise vraiment et sur le long terme

Et si le choix le plus responsable n’était pas toujours le plus “écolo” ?

Certaines finitions peuvent prolonger significativement la durée de vie d’un support.

Prenons l’exemple des livres pour jeunes enfants : leurs pages épaisses et pelliculées ne sont pas la solution la plus légère en matière d’impact immédiat.
Mais elles résistent aux déchirures, aux plis, à l’humidité.

Résultat : le livre dure des années au lieu d’être remplacé plusieurs fois.

Cela ne signifie pas que toutes les finitions se valent. Cela signifie que l’écoconception ne se résume pas à cocher la case “écolo”.

Elle consiste à analyser et à faire des choix en fonction de :

  • l’usager
  • le contexte d’utilisation
  • la fréquence de manipulation
  • la durée de vie attendue
  • le risque de remplacement

L’objectif n’est pas d’être parfait à court terme, mais de réduire l’impact global sur l’ensemble du cycle de vie de ce qui est produit.

Toute décision a son incidence.

On ne fait que déplacer les curseurs jusqu’à trouver l’équilibre entre coût, écologie et durabilité le tout sous le prisme de l’utilité.

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